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Les Criards de la Nuit : Échappée Mortelle

Description

La nuit est-elle vraiment plus terrifiante que la réalité ? 😱 #Horreur #Suspense #TikTokThriller

Script Vidéo

Partie II — La nuit dévore tout

Personne n’a bougé pendant une seconde.

Une seule.

Mais cette seconde a suffi pour condamner Farouk.

La chose a bondi avec une vitesse impossible. Un flou gris, déformé, accompagné d’un bruit humide, une sorte de claquement de chair et d’os. Farouk n’a même pas eu le temps de crier vraiment. Son cri s’est changé en gargouillis quand la créature lui a enfoncé ses doigts noirs dans la gorge. Je l’ai vu être soulevé du sol comme un chiffon. Son sang a jailli d’un coup, chaud, noir dans la lumière sale de la cuisine, éclaboussant la table, le mur, le visage de Djamal.

Sara a hurlé.

Roxame s’est jetée en arrière.

La chose a arraché quelque chose du cou de Farouk — je crois sa trachée, peut-être plus — puis l’a rejeté contre le buffet. Son crâne a frappé le bois dans un bruit creux. Il s’est affaissé au sol, les mains crispées, les jambes secouées de spasmes terribles avant de s’immobiliser.

Alors seulement, on a couru.

Je me souviens d’avoir attrapé Sara par le bras. Djamal poussait Roxame devant lui. On a dévalé le couloir, bousculé des meubles, cogné contre les murs. Derrière nous, la créature avançait sans se presser. Je l’entendais venir au bruit de ses membres qui raclaient le parquet, comme si plusieurs pattes traînaient en même temps.

On a débouché dans le salon.

— La porte ! ai-je crié.

Djamal s’est jeté dessus, a tourné la poignée.

Rien.

Il a tiré comme un fou.

— Elle est bloquée !

Sara pleurait déjà, incapable de respirer correctement. Roxame regardait partout, cherchant une autre issue. Moi, je me suis précipité vers une fenêtre. J’ai tiré sur les rideaux. Les vitres étaient opaques de saleté. J’ai frappé avec le poing, puis avec une chaise. Le verre a fendu, mais pas cédé. Comme si quelque chose, de l’autre côté, retenait la vitre.

La maison a alors produit un son que je n’oublierai jamais : un grand gémissement sourd, profond, comme si toute la charpente respirait.

— Montez ! a crié Roxame. On peut sauter d’en haut !

On n’avait pas mieux.

On a foncé vers l’escalier. Les marches grinçaient sous nos pieds. Derrière nous, la créature était entrée dans le salon. Je n’ai pas osé me retourner tout de suite. Quand je l’ai fait, elle était là, au pied des marches, penchée en arrière comme un insecte prêt à grimper. Ses membres semblaient trop nombreux maintenant. Son torse s’ouvrait et se contractait comme des branchies. Son vieux visage pendait toujours, grotesque, au milieu de cette masse animale.

— Courez ! ai-je hurlé.

À l’étage, un couloir étroit desservait plusieurs chambres. On a essayé les portes au hasard. La première était fermée. La deuxième s’est ouverte sur une pièce vide, avec seulement un lit de fer rouillé et une armoire sans fond. La troisième…

Je regretterai toujours d’avoir regardé.

Des vêtements étaient suspendus partout. Des manteaux, des robes, des chemises. Et en dessous, alignées comme des reliques, des chaussures de toutes tailles. Des dizaines. Peut-être des centaines. Certaines récentes. D’autres très anciennes. Au fond de la pièce, posée sur une chaise, il y avait une petite basket blanche maculée de brun.

Sara a compris en même temps que moi.

— Oh mon Dieu…

Roxame a reculé en tremblant.

— C’est les gens… c’est à eux…

Un bruit sec a retenti au fond du couloir.

Djamal, qui était resté près de l’escalier pour surveiller, a crié :

— ELLE MONTE !

On a claqué la porte. Poussé l’armoire devant. Ça n’aurait jamais suffi, mais sur le moment on s’accrochait à n’importe quoi.

Dans la chambre, il y avait une fenêtre.

Je me suis précipité dessus. Elle donnait sur l’arrière de la maison, sur un terrain envahi d’herbes hautes, quelques arbres tordus, et plus loin une sorte de grange ou de remise penchée. La hauteur n’était pas impossible. On pouvait sauter. Se faire mal, oui. Mais survivre.

— On descend par là !

Je me suis acharné sur le verrou. Il a résisté, puis a lâché d’un coup.

Derrière nous, le meuble raclait déjà.

La chose forçait la porte.

Je me suis retourné.

Les panneaux de bois se courbaient sous les coups. Pas des coups humains. Des impacts lourds, irréguliers, suivis de petits raclements frénétiques.

— Sara, passe la première !

— Non, non, j’y arrive pas !

Je l’ai aidée à grimper sur le rebord. Elle tremblait tellement qu’elle manquait de tomber avant même de sortir. Djamal l’a poussée. Elle a basculé dans le vide avec un cri et a disparu dans l’obscurité.

— Roxame !

Roxame est montée à son tour. Au moment où elle passait la jambe dehors, la porte a explosé.

Pas cédé. Explosé.

Des éclats de bois ont volé dans la pièce. L’armoire s’est renversée.

La créature s’est engouffrée à l’intérieur en se pliant d’une manière obscène, comme si ses os étaient mous. Elle s’est ruée non pas sur moi, ni sur Djamal, mais sur Roxame, qui était encore coincée sur le rebord.

Elle lui a attrapé la cheville.

Roxame a hurlé mon nom.

J’ai saisi son bras. Djamal a saisi l’autre. Pendant une seconde atroce, on a tiré de toutes nos forces, chacun de notre côté. Le corps de Roxame s’est tendu, ses articulations ont craqué, ses ongles ont labouré le bois.

Puis la jambe a cédé.

Je ne veux pas dire autrement.

Un bruit mouillé, affreux. Un arrachement. Une pluie chaude sur mon visage.

Je suis tombé en arrière avec le haut du corps de Roxame qui m’échappait déjà. Djamal a poussé un hurlement animal. La créature avait emporté sa jambe entière. Roxame est tombée hors de la fenêtre, dans le noir, en laissant derrière elle une traînée de sang épaisse sur le mur.

Je me suis jeté dehors sans réfléchir.

La chute m’a coupé le souffle. J’ai atterri sur l’épaule et sur le côté, dans la boue et les herbes glacées. Une douleur fulgurante m’a traversé la hanche. J’ai entendu Sara gémir plus loin. Djamal a sauté à son tour et s’est écrasé à genoux, jurant de douleur.

— Roxame ! ai-je crié.

On l’a trouvée au pied du mur.

Elle respirait encore.

Ou plutôt elle essayait. Son visage était blanc, ses lèvres bleues, ses mains tremblaient dans la boue. Là où sa jambe aurait dû être, il n’y avait plus qu’une masse de chair ouverte d’où le sang sortait par jets saccadés.

Sara s’est agenouillée près d’elle en pleurant.

— On peut pas la laisser !

Mais on l’avait déjà laissée.

Parce qu’au-dessus de nous, à la fenêtre brisée, la silhouette de la chose se découpait dans la lumière jaune. Et elle n’était pas seule.

Derrière elle, dans l’obscurité de la chambre, d’autres formes semblaient bouger.

Pas nettes. Pas complètes. Comme des corps mal assemblés, à peine détachés de l’ombre.

— Courez ! a rugi Djamal.

On a fui vers la remise.

Je sais ce que ça fait de courir en abandonnant quelqu’un derrière soi. Je le sais depuis cette nuit et je le saurai jusqu’à ma mort.

Roxame hurlait encore quand nous avons franchi les hautes herbes.

Puis plus rien.

La remise était plus proche qu’elle n’en avait l’air. Une vieille construction de bois et de pierre, dont la porte pendait sur un gond. On s’y est engouffrés comme des bêtes traquées. À l’intérieur, il faisait encore plus froid que dehors. L’air sentait la rouille, le fumier sec et l’humidité.

J’ai poussé la porte tant bien que mal. Djamal cherchait quelque chose pour la bloquer. Sara tremblait de tout son corps, incapable de parler.

Puis nos yeux se sont habitués à l’obscurité.

Il y avait des chaînes suspendues aux poutres.

Des crochets.

Une table inclinée avec des rigoles brunies.

Et dans un coin, derrière des sacs moisis, un amoncellement d’os blanchis.

Des os humains.

Je me suis senti vaciller.

— C’est un abattoir… a soufflé Sara.

— Non, a dit Djamal d’une voix cassée. Pas un abattoir.

Un endroit pour préparer.

Je crois que c’est à ce moment-là que j’ai compris qu’on ne sortirait pas tous de là. Pas parce que j’étais devenu lucide. Juste parce qu’au fond de moi, quelque chose avait cessé de croire à une fin normale.

On entendait la pluie se mettre à tomber au loin, fine d’abord, puis plus lourde, frappant le toit par rafales irrégulières. Et au milieu de ça, des pas.

Pas sur la terre.

Pas humains.

Quelque chose tournait autour de la remise.

Sara s’est mise à sangloter plus fort. Je l’ai prise contre moi pour la faire taire. Ma main a touché mes côtes, humides. En baissant les yeux, j’ai compris que j’étais blessé. Un éclat de verre ou de bois m’avait ouvert le flanc pendant la fuite. Le sang collait mon tee-shirt à la peau.

— Ibrah… a murmuré Sara. On va mourir ?

Je n’ai pas répondu.

La porte a tremblé d’un coup.

Une fois.

Deux fois.

Puis un silence.

Djamal tenait un vieux manche de pelle trouvé derrière des caisses. Moi, j’avais ramassé un crochet rouillé. C’était dérisoire.

Le troisième choc a arraché le gond du haut.

Le bois s’est entrouvert. Par la fente, on a vu quelque chose remuer. Une masse de chair pâle parcourue de veines sombres. Puis un œil jaune s’est plaqué contre l’ouverture.

Sara a crié.

La porte a cédé.

Djamal s’est jeté en avant en hurlant, le manche levé au-dessus de sa tête. Il a frappé de toutes ses forces. Le bois a percuté la créature avec un bruit sourd. Elle a reculé d’un pas. Djamal a frappé encore, encore, comme possédé. Pendant une seconde folle, j’ai cru qu’il allait la faire tomber.

Alors quelque chose est parti du noir, derrière la créature.

Une autre forme.

Plus petite, plus rapide.

Elle a jailli sous le bras de la vieille et s’est agrippée au visage de Djamal.

Il a lâché le manche en hurlant. J’ai vu des doigts minuscules, démesurément longs, s’enfoncer dans ses joues, dans ses yeux. La forme était comme un enfant décharné, recouvert d’une peau grisâtre trop serrée sur les os, avec une bouche ouverte jusqu’aux oreilles.

— ENLÈVE-LA ! ai-je crié.

Je me suis précipité, j’ai planté le crochet, j’ai tiré, frappé, arraché. Ça puait la vase et la viande pourrie. La petite chose a lâché Djamal en emportant un lambeau de son visage. Il est tombé à genoux, les mains plaquées sur ce qu’il restait de son œil gauche.

La vieille a poussé un son qui ressemblait à un rire.

Puis elle l’a traversé.

Son bras trop long est entré dans le ventre de Djamal jusqu’au coude.

Je l’ai vu.

Je l’ai vraiment vu.

Les doigts bouger sous sa peau avant de ressortir avec ses entrailles dans un bruit mou. Djamal a ouvert la bouche, mais aucun cri n’est sorti. Juste une expiration chaude, rouge, épaisse. La créature l’a rejeté au sol comme une enveloppe vide.

Sara a reculé jusqu’au mur.

J’ai attrapé sa main.

— Viens !

On a fui par l’arrière de la remise, en défonçant une petite porte vermoulue. Elle donnait sur une pente boueuse envahie de ronces. On a glissé, roulé, déchiré nos vêtements et notre peau sur les pierres. Derrière nous, la créature hurlait maintenant, ou appelait, je ne sais pas. D’autres bruits lui répondaient dans la nuit.

La forêt commençait plus bas.

Une masse noire, serrée, trempée de pluie.

On s’y est enfoncés.

Chaque branche griffait comme des ongles. La boue aspirait nos chaussures. Sara boitait. Moi, je suffoquais. Mon flanc brûlait à chaque pas. Mais on continuait, parce qu’on savait qu’au moindre arrêt, on mourait.

Puis Sara a disparu.

Un bruit sec sous ses pieds.

Un craquement.

Son cri a fendu la nuit.

Je me suis retourné juste à temps pour la voir basculer jusqu’à la taille dans un trou couvert de branchages. Un piège. Un vrai. Tapissé au fond de pieux grossiers.

L’un d’eux lui avait traversé la cuisse. Un autre lui labourait le ventre.

— Ibrah ! Ibrah, aide-moi !

Je me suis jeté au bord du trou. J’ai essayé de l’attraper. Mes mains glissaient. Il pleuvait trop. Le sang rendait tout gluant. Sara pleurait, hurlait, suppliait. Je tirais comme je pouvais, ignorant la douleur de mes côtes, de ma hanche, de tout.

Puis quelque chose a craqué dans les buissons derrière moi.

Sara l’a entendu aussi.

Son visage a changé.

Elle a compris avant moi.

— Pars, a-t-elle soufflé.

— Non !

— PARS !

J’ai vu l’ombre se lever derrière les arbres.

Haute.

Déformée.

Et autour d’elle, d’autres yeux.

Je ne me souviens pas avoir choisi. Mon corps a choisi pour moi.

Je l’ai lâchée.

Je suis parti en courant tandis que Sara criait encore mon nom, une fois, deux fois, puis son cri est devenu autre chose, un son noyé dans le vacarme de la pluie et des branches.

Je suis tombé plusieurs fois. J’ai perdu une chaussure. Je me suis ouvert la paume sur une pierre. Je crois que j’ai heurté un tronc et que j’ai continué malgré tout. Il n’y avait plus de pensée, plus de logique, juste une seule idée animale : sortir du bois.

À un moment, j’ai vu une lueur.

Puis une autre.

Une route.

Je me suis jeté dessus en titubant, les jambes presque mortes. Les phares d’un véhicule m’ont frappé en plein visage. J’ai levé les bras et je me suis effondré.

Je me souviens vaguement d’une voix d’homme. D’une portière qui claque. D’un manteau sur moi. Puis plus rien.

Quand je me suis réveillé, j’étais à l’hôpital.

La police est venue aussitôt que j’ai été capable de parler. J’ai raconté. Ils ont eu ce regard qu’ont les gens quand ils pensent que le traumatisme vous a rendu fou. Malgré tout, ils sont allés vérifier. Il y avait mes blessures. Il y avait la voiture abandonnée. Il y avait la maison.

Ils ont retrouvé Farouk dans la cuisine, ou ce qu’il en restait.

Ils ont retrouvé Djamal dans la remise.

Ils ont retrouvé Roxame derrière la maison.

Ils ont retrouvé Sara dans le piège, dans le bois.

Ils ont aussi retrouvé des os, des vêtements, des morceaux de corps anciens, des traces innombrables d’autres victimes. La maison entière était un charnier déguisé en demeure de campagne.

Mais ils n’ont jamais retrouvé la vieille femme.

Ni la chose.

Ni les autres formes que j’avais vues dans la nuit.

Officiellement, le dossier a été classé sous une formule prudente, un mélange de crimes en série, de disparition et d’éléments inexpliqués. On a parlé d’une meurtrière vivant recluse, peut-être aidée par d’autres, peut-être folle, peut-être morte avant l’arrivée des secours. Certains ont voulu croire à des animaux sauvages, à des complices, à mon délire.

Je sais ce que j’ai vu.

Parfois, la nuit, quand tout devient silencieux, je sens encore cette odeur de viande qui mijote.

Parfois, dans les reflets sombres d’une vitre, j’ai l’impression d’apercevoir derrière moi un vieux visage ridé, souriant, avec un œil jaune brillant dans l’ombre.

Et depuis cette nuit, je ne mange plus jamais de ragoût.

Parce qu’au fond de moi, je sais une chose.

La police a trouvé la maison.

Elle a trouvé les corps.

Mais ce qui vivait là-bas n’était pas cette maison.

C’était quelque chose de plus ancien.

Quelque chose qui avait appris à porter un visage humain.

Et quelque part, dans un autre coin perdu autour de Lyon, dans une autre bâtisse oubliée au bord d’une mauvaise route, il attend encore qu’une voiture tombe en panne.