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Quand la colère devient loi : Tebboune face à la mort

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Quand les dirigeants prennent des décisions aussi graves, doit-on tout leur pardonner ? 🎉 #president #decisions #pardonner #dirigeants #effarante #demonstration #irresponsabilite Fait avec Vexub

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LA MORT, SUR UN COUP DE COLÈRE.







Quelle effarante démonstration d’irresponsabilité au sommet d’un État ! Quelle sidérante désinvolture lorsqu’on mesure ce dont Abdelmadjid Tebboune est en train de parler ! Pas d’une taxe, pas d’un règlement administratif, pas d’une mesure que l’on pourra corriger quelques mois plus tard si elle se révèle mauvaise. De la mort. De la mort décidée par l’État. De la mort rendue irréversible par la loi. Et devant une question qui devrait imposer à n’importe quel dirigeant un minimum de gravité, de retenue et de hauteur, le président algérien se comporte comme un enfant gâté auquel personne n’ose rappeler que gouverner un pays n’est pas donner des ordres dans une cour de récréation.



« Avant le 15 septembre. » Il faut rectifier la loi. « Cette semaine. » Il faut la transmettre. Il faut aller vite. Et puis cette phrase, prononcée avec une assurance proprement glaçante : « Et il y aura exécution. » Une colère, une injonction, une date butoir, et la mort au bout du processus. Circulez, la décision est prise. Cette manière de traiter une question aussi vertigineuse serait simplement hallucinante si elle ne révélait pas quelque chose de beaucoup plus grave : une conception du pouvoir où l’humeur du chef semble pouvoir tenir lieu de réflexion politique.




La colère provoquée par les incendies est légitime. Les morts sont réels, les familles endeuillées le sont tout autant, et quiconque incendie volontairement une forêt en sachant qu’il expose des populations à la mort doit répondre de ses actes avec la plus extrême sévérité. Mais précisément parce que les faits sont monstrueux, l’État devrait être plus raisonnable que notre colère. Un président n’est pas élu pour avoir les nerfs de la foule ; il est censé posséder la maîtrise que sa fonction exige.



Car enfin, de quoi parle-t-on ? D’un président qui, sous l’effet manifeste de l’émotion suscitée par une catastrophe, ordonne d’accélérer une modification de la législation pénale afin de permettre des exécutions. Où sont les juristes ? Où est le débat de fond ? Où est la réflexion sur l’irréversibilité de la peine ? Où est la séparation des pouvoirs ? Où est seulement cette décence élémentaire qui devrait empêcher un homme d’État de parler d’une exécution comme d’un dossier qu’il faudrait boucler avant le 15 du mois ?



Tebboune ne se contente même pas d’annoncer son souhait de modifier la loi. Il annonce déjà ce qui adviendra : « il y aura exécution ». Mais depuis quand le président de la République annonce-t-il les exécutions avant les procès ? Depuis quand le pouvoir exécutif parle-t-il comme si le législateur, les magistrats et les juridictions d’appel n’étaient plus que les figurants d’une décision déjà arrêtée ? Une République n’est pas une caserne, un Conseil des ministres n’est pas une bande de subalternes attendant les ordres du chef, et la justice n’est pas le bras armé de l’humeur présidentielle.




Cette scène serait grotesque si son objet n’était pas aussi tragique. Elle devient effrayante précisément parce qu’elle montre ce que peut produire la rencontre de l’impulsivité et d’un pouvoir démesuré : un homme s’indigne, un homme s’emporte, un homme ordonne, et tout un appareil d’État est sommé de transformer son emportement en loi.




Voilà donc le formidable retour en arrière que l’on voudrait nous vendre comme de la fermeté. Après plus de trente ans sans exécution, l’Algérie devrait renouer avec la peine capitale parce qu’un président, dans la colère du moment, a décidé qu’il fallait recommencer à tuer ? Quelle régression, quelle conception archaïque de la justice ! À ce compte-là, supprimons les siècles de réflexion sur le droit, la proportionnalité des peines, les erreurs judiciaires et la dignité humaine, et revenons tranquillement au vieux principe de la vengeance : tu as tué, nous te tuerons. L’âge de pierre, maquillé en politique pénale.




La peine de mort n’est pas davantage de justice. Elle est l’aveu d’une société qui, incapable de penser une sanction autrement que dans le miroir du crime, finit par reproduire ce qu’elle prétend condamner. Un criminel peut être enfermé à perpétuité, neutralisé, jugé et puni avec une extrême sévérité sans que l’État se transforme à son tour en exécuteur. Et surtout, aucune justice au monde n’est infaillible : une erreur judiciaire peut être découverte vingt ans plus tard, un condamné vivant peut être libéré et réhabilité. Un mort innocent reste mort.




Mais ce qui révolte peut-être davantage encore que la décision elle-même, c’est cette impression insupportable que tout cela est traité comme une affaire personnelle : je veux, vous faites, dépêchez-vous, et avant telle date. Lorsqu’un enfant fait un caprice, quelques jouets finissent par terre. Lorsqu’un président gouverne par caprice, ce sont les institutions qui finissent à terre.




Cette séquence dépasse Tebboune lui-même. Elle dit quelque chose de terriblement inquiétant sur l’état d’un régime dans lequel un président peut parler ainsi, ordonner ainsi, précipiter ainsi une question aussi fondamentale sans que personne autour de la table ne semble lui rappeler la gravité de ce qu’il vient de décider. Le problème n’est plus seulement l’homme qui ordonne ; c’est tout le système qui s’habitue à obéir.




La véritable autorité aurait consisté à dire : nous retrouverons les criminels, nous les jugerons, nous protégerons la population et nous les condamnerons avec toute la rigueur du droit. La véritable hauteur aurait consisté à refuser que la colère dicte la loi. Tebboune choisit l’inverse : la précipitation à la place de la réflexion, l’injonction à la place de la délibération, la mort comme démonstration d’autorité.




Ce n’est pas gouverner avec fermeté. C’est confier la puissance d’un État aux nerfs d’un homme. Et lorsqu’un homme incapable de mesurer l’irréversible dispose du pouvoir de le provoquer, l’inconscience cesse d’être un défaut de caractère : elle devient un danger d’État.